Le Tchad à l’ère de la promotion du genre
Ordonnance sur la parité, lois contre les violences, éducation des filles : analyse des avancées législatives et des défis persistants.

L’adoption par les Nations unies, en 2015, de l’Agenda 2030 pour le développement durable a marqué un tournant décisif pour les efforts mondiaux en matière d’égalité des sexes et de développement inclusif. Parmi les 17 Objectifs de développement durable (ODD), l’ODD 5, intitulé « Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles », occupe une place centrale.
Cet objectif reconnaît que l’égalité des sexes n’est pas seulement une question de droits humains fondamentaux, mais aussi une condition essentielle pour atteindre les autres objectifs liés à l’éducation, à la santé, à la prospérité économique et à la paix. Et le Tchad n’est pas en reste : le pays a fait d’énormes avancées en matière d’égalité de genre.
Le Tchad, comme de nombreux pays africains, est engagé dans un processus de transformation sociale visant à renforcer l’égalité entre les sexes et à promouvoir les droits des femmes. Ces dernières années, le gouvernement a entrepris des efforts notables pour réduire les discriminations à travers diverses législations et réformes. Parmi ces mesures, l’adoption de l’ordonnance sur la parité, les lois contre les violences basées sur le genre et les efforts pour améliorer l’accès des filles à l’éducation témoignent d’une volonté politique affirmée. Cependant, malgré ces avancées, la question du genre au Tchad reste marquée par des défis structurels et culturels qui freinent la mise en œuvre effective de ces réformes.
Une volonté politique affichée : l’ordonnance n° 001/PR/2018 sur la parité
L’une des mesures phares du gouvernement tchadien en matière de genre est l’adoption de l’ordonnance n° 001/PR/2018 sur la parité dans les fonctions nominatives et électives. Ce texte, promulgué en 2018, impose dans son article 3 un quota de 30 % de femmes dans les instances de décision — administration publique, entreprises et institutions publiques, Assemblée nationale et Sénat, assemblées locales, assemblées consulaires et ordres professionnels —, quota qui doit évoluer progressivement vers la parité. Cette mesure vise à corriger les inégalités historiques qui ont longtemps marginalisé les femmes dans les sphères du pouvoir.
Sous l’impulsion du leadership incarné par le maréchal du Tchad Mahamat Idriss Deby Itno, le pays semble amorcer une transformation sociopolitique majeure à l’ère de la Ve République. Une avancée qui ne se limite pas aux discours, mais qui se traduit par des chiffres concrets et encourageants : 32,43 % de femmes au sein du gouvernement et 34 % à l’Assemblée nationale.
Ces pourcentages placent le Tchad parmi les pays africains qui s’efforcent d’améliorer la représentation féminine dans les institutions politiques. En comparaison, la moyenne mondiale de femmes dans les parlements nationaux s’élève à environ 26,9 % en 2023, selon l’Union interparlementaire. Le Tchad dépasse donc largement cette moyenne, ce qui témoigne d’une dynamique politique en faveur de l’égalité de genre et d’une volonté forte des plus hautes autorités. Cette avancée contribue à briser les plafonds de verre et envoie un message puissant : les femmes ne sont plus seulement des spectatrices dans la sphère politique, elles en deviennent des actrices incontournables.
Une avancée historique : une femme ministre d’État
2023 restera une année marquante pour le Tchad et la sous-région d’Afrique centrale. Le gouvernement tchadien a franchi un cap historique en nommant, pour la première fois, une femme au poste de ministre d’État. Cet événement, inédit dans le pays et rare dans la sous-région, résonne comme un signal fort en faveur de la reconnaissance des compétences féminines au sommet des instances dirigeantes.
Selon des études récentes sur la gouvernance en Afrique, les pays de la sous-région affichent encore des taux faibles de participation féminine aux postes décisionnels. Le Tchad, en prenant cette initiative, semble vouloir briser cette tendance et démontrer que l’égalité des sexes n’est pas une utopie, mais une réalité en construction. Au-delà de l’acte politique, c’est un message adressé aux jeunes filles et aux femmes tchadiennes : elles peuvent aspirer aux plus hautes fonctions. Cette nomination pourrait inciter les gouvernements voisins à suivre la même voie.
Lutte contre les violences basées sur le genre : un cadre législatif renforcé
En 2015, une loi criminalisant les violences faites aux femmes a été adoptée. Elle prévoit des sanctions pénales pour les auteurs de violences physiques, sexuelles ou psychologiques et offre une protection juridique accrue aux victimes. Elle représente une avancée majeure dans un pays où les violences domestiques et les mariages précoces restent des problèmes endémiques.
Le 21 janvier 2025, une étape importante a été franchie avec la signature par le président de la République de l’ordonnance n° 003/PR/2025, spécifiquement dédiée à la prévention et à la répression des violences faites aux femmes et aux filles. Elle marque un tournant majeur dans la lutte contre les violences basées sur le genre et affirme l’engagement renforcé du gouvernement en faveur de la protection des droits humains.
Là encore, le défi réside dans l’application effective de ces décisions. Les traditions sociales, la méconnaissance des droits des femmes et la faiblesse des structures judiciaires entravent leur efficacité. De nombreuses femmes hésitent à porter plainte par crainte de représailles ou par manque de confiance dans le système judiciaire.
L’éducation des filles : un enjeu central
L’accès à l’éducation pour les filles est un autre axe prioritaire. Des programmes spécifiques ont été mis en place : gratuité de l’enseignement primaire pour tous les enfants, construction d’écoles dans les zones rurales, distribution de fournitures scolaires et de kits sanitaires, campagnes de sensibilisation contre les mariages précoces et les grossesses adolescentes, et sensibilisation des communautés à l’importance de l’éducation des filles. Ces efforts ont porté leurs fruits : le taux de scolarisation des filles est passé de 67 % en 2010 à 78 % en 2020. Des défis persistent toutefois, notamment dans les zones rurales, où les normes sociales traditionnelles continuent de limiter l’accès des filles à l’éducation.
La politique nationale de genre
En 2017, le gouvernement a également adopté une politique nationale de genre qui vise à intégrer cette dimension dans toutes les politiques et tous les programmes de développement. Elle s’articule autour de quatre axes : la promotion de l’égalité des sexes dans l’éducation et la formation ; le renforcement de la participation des femmes à la vie politique et économique ; la lutte contre les violences basées sur le genre ; l’amélioration de l’accès des femmes aux services de santé. Cette politique a permis de renforcer la coordination des actions et de mobiliser des ressources financières et techniques.
Un bilan en demi-teinte
Le gouvernement tchadien a indéniablement fait des efforts significatifs pour promouvoir l’égalité des sexes et renforcer les droits des femmes. Les réformes législatives témoignent d’une volonté politique de changement. Cependant, ces avancées restent fragiles et incomplètes.
Pour qu’elles aient un impact, il est essentiel que le gouvernement renforce les mécanismes de mise en œuvre et investisse dans l’éducation et la sensibilisation. La question du genre ne se résume pas à des textes et à des lois : elle nécessite une transformation profonde des mentalités et des structures sociales. Le gouvernement a ouvert la voie, mais c’est à l’ensemble de la société de s’engager pour faire de l’égalité des sexes une réalité.
- Auteur :
- Zenaba Adoum
- Publié le :
- mardi 1 avril 2025





