Douala – N’Djamena, le lien de tous les espoirs
Relier le Tchad et le Cameroun par un chemin de fer : un vieux rêve qui, grâce à la volonté des présidents Idriss Deby Itno et Paul Biya, prend corps.

Relier le Tchad et le Cameroun par un chemin de fer, voilà un vieux rêve qui, grâce à la volonté de deux panafricains, S.E. Idriss Deby Itno du Tchad et son homologue Paul Biya du Cameroun, prend corps. En effet, selon les autorités des deux pays, l’on devrait assister au premier coup de pioche relatif au démarrage des travaux de construction de l’extension du chemin de fer camerounais vers le Tchad d’ici décembre 2016. Le projet, qui devrait coûter environ 2 000 milliards de FCFA, sera financé par le Tchad et le Cameroun, avec l’appui des bailleurs de fonds. Le chemin de fer devra, apprend-on, contribuer à booster les échanges entre les deux pays.
La Commission ferroviaire Cameroun/Tchad (COMIFER CAMTCHAD) a tenu sa première session ordinaire à Douala du 20 au 30 juin 2014, en application de l’Accord de N’Djamena du 3 juin 2014 relatif à la création d’une Commission ferroviaire Cameroun/Tchad. Ceci, en vue de l’extension du chemin de fer camerounais vers le Tchad, et conformément au chronogramme d’activités approuvé par le ministre des Infrastructures, des Transports et de l’Aviation de la République du Tchad. Cette session était coprésidée par le Pr Robert Nkili, ministre camerounais des Transports, et Madame Haoua Acyl Ahmat Aghbach, secrétaire d’État chargée de l’Aviation civile et de la Météorologie nationale de la République du Tchad.
Le partenaire technique choisi par les deux parties, Bolloré Africa Logistics, y était représenté par l’honorable Hamadou Sali, président du conseil d’administration de Camrail, et Quentin Gérard, directeur général. Outre ces personnalités, la séance d’ouverture a enregistré la présence de Joseph Beti Assomo, gouverneur de la région du Littoral, et de S.E. Yoosem Kontou Noudjiamlao, ambassadeur de la République du Tchad au Cameroun. À l’ordre du jour des travaux figuraient les points suivants : échange d’informations sur la composition de la Commission ; dispositions financières relatives au fonctionnement de la Commission ; décision relative au fonctionnement du secrétariat technique ; termes de référence de l’étude de faisabilité ; financement de l’étude de faisabilité ; et enfin, cahier des charges du partenariat technique.
Dans leurs allocutions respectives, les deux chefs de délégation ont réaffirmé la ferme volonté des deux États de mener à terme le projet d’extension du chemin de fer camerounais vers le Tchad, pour concrétiser la volonté des deux chefs d’État, Leurs Excellences Paul Biya, président de la République du Cameroun, et Idriss Deby Itno, président de la République du Tchad. Ils ont souligné, à cet effet, la nécessité de faire converger leurs énergies pour la réalisation de ce projet et ont réitéré leur engagement à travailler en synergie, de concert avec le partenaire technique choisi, en vue de la conduite jusqu’à son terme de cet important projet.
Au terme des travaux de Douala, plusieurs résolutions ont été prises. Parmi celles-ci : la composition de la COMIFER CAMTCHAD, qui sera constatée dans les plus brefs délais au terme de la procédure de désignation en cours ; l’adoption de la décision portant sur les dispositions financières et la mise en place, au niveau de chaque État, d’un mécanisme de financement des activités de la Commission ; la désignation par les coprésidents d’un point focal dans chaque État, en vue d’assurer la permanence du secrétariat technique ; la transmission de la requête conjointe de financement de l’étude de faisabilité à la Banque africaine de développement (BAD), après signature par les autorités nationales compétentes ; et enfin, la mise en place d’un groupe de travail composé d’experts camerounais et tchadiens, appelés à se réunir à Douala du 15 au 17 juillet 2014 en vue de finaliser les termes de référence de l’étude de faisabilité et le cahier des charges du partenaire technique. Dans le cadre de ces travaux, la Commission a visité les ateliers centraux Camrail de Bassa à Douala. Occasion pour les deux ministres de féliciter le partenaire technique pour la qualité des installations visitées, tout comme ils ont salué sa disponibilité à abriter les réunions de la Commission.
Accélérer les échanges commerciaux entre les deux pays
Le Cameroun et le Tchad sont deux pays frères et amis qui ont des liens solides sur le plan économique et dans d’autres domaines comme la santé ou l’éducation. Grâce au pipeline Tchad-Cameroun, qui permet de transporter le pétrole tchadien afin de le livrer aux potentiels acheteurs de l’or noir, le Cameroun se fait chaque année des recettes importantes. En dix ans, le Trésor camerounais a reçu la somme de 200 milliards de FCFA, selon Cotco (Cameroon Oil Transportation Company). De l’argent qui représente le droit de transit, l’impôt sur les revenus, les droits de douane et les autres taxes, ainsi que les revenus relatifs à la participation du Cameroun dans le capital de l’entreprise chargée de la gestion du pipeline Tchad-Cameroun.
Hormis ces recettes, le Cameroun est le premier partenaire commercial du Tchad dans la zone franc. Selon Investir en zone franc (IZF), les échanges commerciaux globaux (importations et exportations) entre le Tchad et la zone franc, de 2002 à 2005, se sont établis en moyenne à 49,7 milliards de FCFA. Ils sont passés de 58,5 milliards de FCFA en 2002 à 39,2 milliards, soit une décroissance moyenne de 13 %. Mais en 2005, sur la base du commerce global, le principal partenaire commercial du Tchad au sein de la zone franc est le Cameroun, qui représente 82,3 % de la valeur globale. Il est suivi par le Gabon (7,5 %) et la Côte d’Ivoire (4,2 %).
Les produits que le Tchad exporte vers le Cameroun sont notamment les arachides, les animaux vivants de l’espèce bovine, les tourteaux et autres résidus solides extraits de graisses ou huiles végétales, les graines et fruits oléagineux. En retour, le Cameroun exporte des produits vivriers, des boîtes de conserve, des produits laitiers transformés, de la bière, etc. Sur un tout autre plan, le Tchad dépend du Cameroun pour l’exportation de ses produits et l’importation des produits venant d’autres pays d’Afrique et d’ailleurs (Europe, Asie, Amérique). C’est à ce niveau qu’intervient le Port autonome de Douala, via lequel transitent la plupart de ses marchandises.
Face aux difficultés rencontrées dans le transport des marchandises de Douala vers N’Djamena par voie terrestre, les experts restent convaincus que le projet d’extension du chemin de fer camerounais vers le Tchad viendra régler un certain nombre de problèmes. « Les marchandises qui arrivent au Tchad après des semaines pourront désormais y être acheminées en 24 heures et par train. Et pourquoi pas en moins d’une journée ? Les retombées sont celles que vous connaissez déjà : plus de recettes fiscales et douanières pour les deux pays, un gain de temps inestimable, et des bénéfices qui seront réalisés grâce à la réduction des accidents que connaissent les camions transportant les marchandises par route. C’est ce qui justifie la mise en place de ce projet par les deux chefs d’État », explique un expert en logistique et transport à Douala.
Premier coup de pioche en décembre 2016
À en croire le ministre camerounais des Transports, le Pr Robert Nkili, c’est en 2016 que l’on devrait en principe procéder à la pose de la première pierre des travaux de construction de l’extension du chemin de fer camerounais vers le Tchad. « Mais entre-temps, il faudra que la commission puisse travailler avec le partenaire technique qu’est Bolloré Africa Logistics. Nous sommes à la phase de négociation et de finalisation des documents de travail que nous devons signer. On aurait dû le faire ; bon, on en a signé deux ou trois. Mais les documents les plus importants seront signés d’ici quinze jours. Est-ce qu’il y a encore des ajustements à faire ? Je dis que nous ne serons pas du tout en retard par rapport au chronogramme. Nous ne naviguons surtout pas à vue, nous avons une boussole qui nous dit où nous allons, à quel moment nous devons être à tel endroit. Nous ne sommes pas en retard. Mais là, nous avons donné le premier coup de pioche intellectuel », faisait savoir Robert Nkili en juin 2014.
Selon les autorités camerounaises, le coût du projet s’évalue en milliers de milliards de FCFA. « C’est plus de 2 000 milliards de FCFA. Si vous devez y ajouter les frais d’études, vous imaginez combien ça peut coûter. Alors qui va financer le projet ? Comme d’habitude, nous allons nous tourner vers les bailleurs de fonds qui nous encouragent dans cette voie. En tout cas, ces bailleurs sont là pour aider les pays qui veulent se développer. Mais on ne peut pas se développer autrement qu’en comptant sur les amis », précise Robert Nkili.
Retombées économiques
Pour Madame Haoua Acyl Ahmat Aghbach, secrétaire d’État à l’Aviation civile et à la Météorologie nationale de la République du Tchad, le projet, qui va relier la ville de Ngaoundéré, dans la région de l’Adamaoua au Cameroun, à la capitale tchadienne N’Djamena, va certainement booster les activités économiques entre les deux pays. « La distance du chemin de fer Ngaoundéré–N’Djamena, c’est une question très technique. La libre circulation des biens et des personnes va renforcer le développement socio-économique dans les deux pays. Et qui dit libre circulation des marchandises dit aussi import-export », a-t-elle déclaré lors d’un entretien avec la presse camerounaise.
Elle a également tenu à apporter des précisions sur les contours de la première session ordinaire de la Commission ferroviaire Tchad/Cameroun de juin 2014. « La coopération Tchad-Cameroun ne date pas d’aujourd’hui. Nous sommes avant tout frères. Les experts se sont attelés, pendant cette première session, à l’analyse des programmes de référence, en s’alignant sur l’accord qui a été signé le 3 juin 2014. Ceci étant dit, c’est juste une phase de démarrage. Le travail à venir est encore devant nous. Mais, main dans la main, nous allons avancer vers ce chemin de fer Ngaoundéré–N’Djamena. Quant à l’échéance, il faut un chronogramme d’activités. C’est dans ce sens que le partenaire technique va assister nos experts respectifs, camerounais et tchadiens, pour pouvoir démarrer les travaux. Donner un échéancier en tant que tel n’est pas possible pour l’instant. Nous laissons le soin aux experts de mieux apporter leur contribution. Pour le moment, nous n’avons pas encore évalué les coûts en tant que tels ; je préfère m’abstenir de donner le moindre chiffre pour l’instant », explique-t-elle.
Quelques dates pour comprendre le long processus visant la construction du chemin de fer Tchad-Cameroun
- 1927 : fin des travaux du chemin de fer Douala–Yaoundé (307 km).
- 1931 : études de faisabilité du chemin de fer Douala–Tchad entreprises par le colonel Milhau. « Ce projet visait un double objectif : faciliter la mise en valeur du moyen et du Nord-Cameroun, grâce à une antenne sur Moundou et Fort-Archambault [ndlr : Sarh]. »
- 1958 : création de la Société d’études du chemin de fer Douala–Tchad.
- 27 octobre 1962 : création de l’Office tchadien des études ferroviaires.
- 2 novembre 1962 : signature à Douala, par les présidents François [ndlr : Ngarta] Tombalbaye et Ahmadou Ahidjo, d’un protocole d’accord relatif au prolongement du chemin de fer transcamerounais vers le Tchad ; à cette occasion, un Comité mixte de coordination Tchad-Cameroun est mis sur pied.
- 1964 : début des travaux de construction du tronçon Yaoundé–Bélabo (296 km).
- 1965 : fin des études préliminaires. « De Ngaoundéré, la ligne de chemin de fer doit emprunter la vallée nord de la Vina. Elle atteindra d’abord Touboro puis, après avoir franchi la frontière, Baïbokoum ; elle desservira les villes de Moundou, Doba, Koumra et aura son terminus à Fort-Archambault [ndlr : Sarh]. »
- Auteur :
- Laure Wakam Lewe
- Publié le :
- mardi 1 juillet 2014





