Rapatriement des devises : le bras de fer BEAC–pétroliers entre dans le dur
Depuis des années, la banque centrale tente d'obliger les compagnies pétrolières et minières à rapatrier une plus grande part de leurs recettes dans la zone. Le durcissement est désormais acté, avec des effets attendus à partir de 2027.

Le cœur du problème
La CEMAC exporte surtout du pétrole et des minerais. Mais une grande partie des devises générées par ces exportations reste longtemps hors de la zone, sur des comptes à l'étranger. Pour la BEAC, c'est autant de réserves de change en moins pour garantir la stabilité du franc CFA.
La réglementation des changes de la CEMAC, entrée en vigueur en 2019, prévoit en principe le rapatriement des recettes d'exportation. Le secteur extractif a longtemps bénéficié d'aménagements, au nom de ses contraintes particulières : investissements lourds, financements internationaux, contrats signés avec les États.
De 35 % à 70 %
Jusqu'ici, les compagnies extractives devaient rapatrier 35 % de leurs recettes d'exportation dans la zone. La BEAC a décidé de relever progressivement ce taux à 50 %, puis à 70 %. Ce relèvement graduel donne aux opérateurs le temps de s'adapter, et ses effets sur les réserves sont attendus à partir de 2027.
Les fonds de restauration des sites
Un second dossier oppose la banque centrale aux compagnies : les fonds de remise en état des sites, dits fonds RES. Les entreprises pétrolières et minières doivent constituer chaque année une réserve pour réhabiliter les sites après exploitation. Ces sommes, souvent logées à l'étranger, sont considérables.
Le Gabon a montré la voie en 2026 : après une implication directe de la présidence, le rapatriement d'environ 150,6 milliards de FCFA (près de 270 millions de dollars) de fonds RES a été confirmé en avril. Une approche négociée pays par pays semble désormais privilégiée.
Quels risques ?
Les compagnies mettent en avant le risque de voir les investissements reculer si les règles deviennent trop contraignantes. Les États, eux, ont besoin de ces devises pour stabiliser leurs comptes. L'enjeu pour les autorités est de trouver un équilibre : renforcer les réserves sans décourager les investisseurs, notamment dans des pays producteurs comme le Tchad.
Les chiffres à retenir
- Taux de rapatriement des recettes extractives : de 35 % à 50 %, puis 70 %
- Fonds RES rapatriés par le Gabon : environ 150,6 milliards FCFA
- Effets attendus sur les réserves : à partir de 2027
- Publié le :
- mercredi 28 octobre 2026





